J’ai perdu ma femme. Je suis envahi par le chagrin. Puis-je parler à ma fille de ma peine, au risque de pleurer devant elle ?

 

Poser cette question, c’est se demander ce que votre peine peut susciter chez votre enfant. Votre fille est probablement plus habituée à être consolée par les grandes personnes que de faire face à leur peine.

 

Des pleurs répétés peuvent effectivement inquiéter. Pour autant, ils ne sont pas un drame en plus, mais l’expression de vos états intérieurs, parfois de votre fatigue ou de vos craintes en l’avenir dans une vie quotidienne désormais bouleversée.

 

Accompagnez vos larmes, alors, de mots. Vous pouvez parler de votre tristesse, de votre chagrin à votre fille. De toute façon, même sans le lui dire, elle voit, elle sait que vous êtes très triste. Lui parler de votre peine permet qu’elle ne sente pas responsable de votre chagrin – les enfants ont tendance à culpabiliser très vite et à s’attribuer une responsabilité dans ce qui se passe autour d’eux.

 

Pleurer celle que l’on aimait, c’est tout à fait adapté, naturel. Vous êtes en deuil, votre fille également : si vous pleurez, elle pourra faire de même. Et vous pourrez ainsi avancer ensemble sur le chemin du deuil.

 

Partager son chagrin, être ensemble, permet de s’apporter mutuellement du soutien et donne à votre enfant la possibilité de ne pas rester seul avec sa souffrance.

 

Et puis parler de votre peine, c’est aussi parler de votre femme et de la place qu’elle a toujours pour vous. Cela montre que ce sujet n’est pas tabou et l’autorisera elle aussi à en parler et à poser ses questions, quand elle le souhaitera. C’est aussi une manière de continuer à faire exister, autrement, la personne disparue.

 

Ce qui peut aider votre enfant, c’est aussi d’entendre que cette grande peine ne durera pas toute la vie, que malgré son intensité il sera possible à nouveau de passer de bons moments, de rire et de jouer. Que vous pouvez vous occuper d’elle, et comprendre sa tristesse. Et que vous-même, qui pleurez aujourd’hui, irez mieux petit à petit. Même si cela prend du temps.