Accompagner un enfant en deuil : quelques repères pour mieux comprendre

Il est généralement délicat pour les adultes d’envisager, voire d’accepter que l’enfant soit confronté à la mort : que ce soit au moment où l’enfant vit la perte d’un proche ou dans la situation où l’enfant lui-même peut mourir.

Cette difficulté est amplifiée par le contexte dans lequel intervient la mort aujourd’hui : la mort a lieu dans la majorité des cas à l’hôpital. Elle est prise en charge par les professionnels du médical et du funéraire, ce qui contribue à exclure la mort de la sphère familiale et du quotidien. Cela rend encore plus difficile le fait d’en parler.

 

Certaines croyances freinent également le dialogue sur ces sujets : le bébé serait trop petit pour comprendre ce qui se passe lors d’un deuil. L’enfant ressentirait moins de peine que l’adulte ; tout comme on pensait que l’enfant ne ressentait pas la douleur. Les adultes considèrent qu’il faut le protéger en lui cachant la vérité qui pourrait l’angoisser, par exemple dans le cas d’une mort violente.

 

Comment accompagner un enfant lors de la perte d’un proche alors que les adultes de l’entourage se trouvent eux-mêmes en souffrance ou en difficulté ? Quels repères peuvent-être utiles pour faciliter cet accompagnement ?

 

Les caractéristiques du deuil de l’enfant

 

Selon les âges et selon leur environnement familial, les enfants se font une idée différente de la mort. La manière dont se déroule leur deuil varie.

Leur conception de la mort évolue au fur et à mesure que l’enfant grandit :

  • Pour le bébé, il n’existe pas de compréhension intellectuelle de la mort, ce qui ne veut pas dire qu’il ne ressent rien et n’est pas touché par ce qu’il se passe. Il l’est sur le plan émotionnel et sensoriel : directement, en vivant la mort de l’autre d’abord comme une absence prolongée puis comme un abandon ; indirectement, par le fait que les personnes qui s’occupent de lui sont affectées par le deuil[1].
     
  • Les jeunes enfants grandissent avec des croyances qui s’estompent avec le temps :
    - la mort est réversible « on ne meurt pas pour de bon », on peut être mort puis ne plus l’être, comme en témoignent les jeux des jeunes enfants ;
    - la mort est contagieuse « elle s’attrape » ;
    - elle n’est pas naturelle « on ne meurt pas on est tué »[2].

 

Chaque deuil pour chaque enfant est unique. Toutefois, on peut dégager les grandes lignes des spécificités du deuil chez l’enfant et l’adolescent :

  • L’enfant n’extériorise pas son chagrin comme l’adulte, qu’il cherche avant tout à protéger. Bien souvent il garde pour lui sa tristesse et sa culpabilité qui est importante. Il met en actes sa douleur plus qu’il ne la verbalise, et ses émotions fluctuent très rapidement. L’enfant, dans son deuil, va inventer un parent imaginaire, avec qui il va continuer à communiquer le temps d’apprivoiser son absence définitive.
  • Pour autant, comme l’adulte, l’enfant ressent de la tristesse, de la colère, un sentiment d’injustice, de l’insécurité, la peur d’être anormal. Il souffre de se sentir différent et a peur d’être stigmatisé, entre autre à l’école. La manière dont se déroule son deuil est très dépendante de la façon dont le vit son entourage direct.

 

Comme le souligne Cécile Séjourné[3], le chemin de deuil de l’enfant ne se termine pas dans l’enfance. Il sera mis entre parenthèses et se poursuivra ensuite à l’âge adulte, à l’occasion d’autres deuils, ou d’événements particuliers - mariage, séparations, naissance d’un enfant.

Mieux il aura alors été accompagné, mieux il pourra faire face à d’autres deuils.

 

Alors, qu’est ce qu’accompagner ? C’est cheminer avec l’enfant tout au long de cette épreuve douloureuse, ce n’est pas devancer ses questions mais y répondre – comme on peut – lorsqu’elles se présentent.

 

Quelques points de repères pour accompagner un enfant en deuil

 

  • un enfant, quelque soit son âge, même tout-petit n’a pas à être écarté du sujet[4] et du vécu de la mort de l’autre, au même titre que tout membre de la famille. En effet, être mis à l’écart de ce qu’il se passe et de la communauté des adultes peut engendrer un grand sentiment de solitude pour un enfant. Il peut ainsi se sentir exclu, rejeté ou abandonné par les adultes qui se réunissent entre eux pour les rituels du deuil, pour parler du défunt, lui rendre hommage et s’apporter du soutien.
    Les mensonges, les non-dits ou les secrets peuvent provoquer des souffrances supplémentaires à celles engendrées par la vérité, que tôt ou tard les enfants finiront par connaître : « quand l’enfant découvre qu’on lui a menti, il perd durablement toute confiance en l’autre et se sent seul et abandonné »[5].
    En cas de mort annoncée, il est essentiel non pas d’imposer, mais de proposer à l’enfant de voir son proche et de lui dire au revoir.
    Après un décès, on peut également lui proposer de voir le corps, s’il est présentable et si l’enfant le souhaite, en lui expliquant ce qu’il va voir.  L’important est que l’enfant puisse être associé et participer aux rituels à sa manière, par exemple en déposant un dessin, un objet, en lisant un poème, etc.

 

  • Tous les auteurs s’accordent à dire qu’il est important de « mettre des mots » le plus tôt possible sur ce qu’il se passe, des mots « simples, justes et vrais »[6] et notamment d’utiliser le mot mort. L’enfant est sensible à l’attention qu’on lui prête et à l’authenticité des réponses données.

 

  • Rassurer et répondre aux questions des enfants, même si elles peuvent être parfois embarrassantes pour les adultes : questions sur le devenir du corps, ou sur l’existence d’une vie après la mort par exemple.
    Là encore utiliser des mots simples et sincères, en fonction de ce que l’on pense, quitte à faire des hypothèses. On peut aussi dire que l’on ne sait pas et aider l’enfant à trouver des réponses en se montrant disponible et ouvert à toutes les questions, même les plus incongrues.

 

  • Accompagner l’enfant/l’adolescent, c’est prendre en compte ses différents moyens d’expression : le dessin, le jeu, les actes et comportements, etc. C’est respecter ses silences comme son envie d’en savoir plus, son désir de grandir plus vite comme ses régressions passagères.

 

Finalement, vouloir préserver un enfant en deuil, prendre soin de lui, ce n’est pas le mettre à l’écart, lui cacher la vérité. C’est être à ses côtés pour lui apporter du soutien et l’accompagner dans son cheminement de vie.
Tout au long de ce cheminement, il paraît aussi important de faire confiance aux ressources de l’enfant et à ses capacités d’adaptation.

 

 

Consulter également les Foires aux Questions spécial dossier "Accompagner un enfant en deuil".

Consulter également l'article "Aborder la maladie grave, la mort et le deuil avec les livres : la sélection jeunesse du CNDR Soin Palliatif".

A lire aussi :

« Accompagner un adolescent en deuil : quelques repères pour mieux comprendre », dossier d'information du CNDR Soin Palliatif, mars 2012

 

Selma ROGY, psychologue au CNDR Soin Palliatif

et Isabelle GRAND d’ESNON, chargée d’écoute et d’information au CNDR Soin Palliatif

Avec la participation de Cécile SEJOURNE, psychologue, formatrice sur les problématiques du deuil et de la fin de vie, notamment chez l’enfant, et animatrice d’ateliers pour enfants en deuil





[1]              « Dis, c’est comment la mort ? », ROMANO Hélène, La Pensée Sauvage Edition, 2009

[2]              «  Le deuil chez les enfants »  in «  Comment surmonter son deuil ? », SEJOURNE, Cécile, sous la dir. de  M. Hanus, éditions Josette Lyon,  2006 

[3]              Cécile Séjourné est psychologue, formatrice sur les problématiques du deuil et de la fin de vie, notamment chez l’enfant, et animatrice d’ateliers pour enfants en deuil

[4]              «  Comment parler de la mort, en particulier à un enfant ? »  in  «  Le Grand Livre de la Mort à l’usage des vivants », SEJOURNE, Cécile, sous la dir. De M. Hanus, J.P. Guetny, J.Berchoud et P.Satet, Editions Albin Michel , 2007 

[5]              « ROMANO, Hélène, op. cit.

[6]              Ibid.